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Revue de presse – Juin/Juillet 2018

FTV

Transformation, mutualisation, disruption, nomination, disparition, réduction, suppressions… mais pour qui prend-on les salariés de France Télévisions ?

Le vocabulaire est bien rôdé et, il faut bien le reconnaître, la tendance est aux mots en « ion », alors commençons par le plus funeste :

Disparition 

C’en est fini pour France ô et France 4. Les deux chaînes sont priées de ne plus squatter les canaux hertziens… pourtant, il avait été question de concertation et discussion. Dans sa conférence de presse en juin dernier, la ministre de la Culture Françoise Nyssen avait annoncé que l’avenir de France ô n’était pas tranché, comme le relatait Libération dans son direct du 4 juin, et de citer les propos de la ministre quant à France Ô : «  il faudra interroger nos concitoyens d’outre-mer et leurs élus pour déterminer si l’avenir est au maintien de France Ô sur le canal hertzien, ou au contraire au renforcement des offres numériques des Outre-Mer Premières. » Finalement, point de discussion et malgré les dizaines de réactions d’élus, de personnalités connues ou inconnues, relayées par le collectif « Sauvons France ô », la disparition de la chaîne des Outre-mer est belle et bien actée.

Réduction

« L’effort est conséquent. C’est une trajectoire réaliste, mais qui sera difficile ». C’est ainsi que Delphine Ernotte analyse la réforme de l’audiovisuel annoncée par le gouvernement, dans un entretien accordé à nos confrères des échos le 19 juillet alors que les salariés de France ô sont encore sous le choc de la nouvelle. Un effort conséquent le mot parait faible, car ce n’est pas 160 millions qu’il faudra trouver mais bien 400 millions, comme nous l’explique Richard Sénéjoux dans un article de Télérama : « ces 160 millions d’euros agissent comme un trompe l’œil. Car dans le même temps, France Télévisions doit aussi investir cent millions dans le numérique, pour créer, entre autres, quatre plateformes (jeunesse, éducation, vérification de l’information et proximité), et donc rogner sur d’autres dépenses. Si l’on ajoute l’inflation et l’augmentation mécanique des salaires, l’effort réel se situerait plutôt aux alentours de 400 millions d’euros ».

Transformation, disruption, mutualisation mais d’abord… nominations

400 millions d’euros, c’est 15% du budget de la télé publique et pourtant la présidente de France Télévisions promet qu’il n’est pas uniquement question d’économies, et de convoquer tout le vocabulaire nécessaire à sa démonstration : transformation, disruption, mutualisation… mais pour ce faire, Delphine Ernotte a commencé par des nominations. Ainsi, apprend-on dans un article de CB News du 2 juillet que  France Télévisions nomme des directeurs de la « régionalisation » et de la « transformation ».

Et puis, il y a les mutualisations, France 3 et France Bleu travaillent main dans la main, c’est en tout cas le message qu’ont voulu faire passer dans une tribune parue dans le Parisien – Aujourd’hui en France le 21 juillet, les présidentes de Radio France et de France Télévisions, en esquissant leur collaboration à venir. Et cette fois-ci il s’agit surtout d’expérimentations sur un mode libre, créatif, moderne mais sans évoquer les contraintes budgétaires.
Aussi, dans cette inflation de terminaisons en « ion », c’est bien le terme suppression qui intéresse le plus les salariés

Suppression

Après la suppression de France ô et France 4, comment Delphine Ernotte compte-t-elle s’y prendre pour faire plus avec moins ? Pour le moment, la patronne de FTV avoue ne pas avoir de business plan, et explique, toujours à nos confrères des échos, qu’ « Entre 2012 et 2018, (…) FTV a réduit ses effectifs de 10 %, soit 800 personnes, en particulier en ne remplaçant pas un départ en retraite sur deux. On sait qu’il y a encore des efforts à faire. Ce sera évidemment discuté avec les salariés. » Rien de bien rassurant en somme, d’autant qu’on est loin des engagements qu’elle prenait dans la presse le mois dernier, où elle déclarait dans Le Parisien du 9 juin, « Il n’y aura pas de plan de licenciement. Il faut embarquer tous les salariés dans cette transformation, sinon on n’y arrivera pas. Il y a des résistances, car ce n’est jamais facile de changer ». Reste que ces changements et ces choix stratégiques surprennent les professionnels de l’audiovisuel, en France comme dans les pays voisins.

Les pays voisins : l’exemple de la BBC et de la RTBF
Et à ce sujet, Aude Carasco nous rend compte dans la Croix du 16 juillet,  d’un « colloque au Sénat, où six dirigeants de radios et télévisions publiques européennes (…) ont fait état de différences dans la façon de s’adapter aux enjeux du numérique ». On y apprend notamment que David Clementi, président de la BBC, « s’est étonné des intentions de France Télévisions, concernant le basculement sur le numérique de France 4 (la BBC consacre deux chaînes, CBeebies et CBBC, aux plus jeunes, en plus de sa plate-forme pour adolescents), et la commercialisation de programmes de service public sur la plate-forme Salto, créée en partenariat avec TF1 et M6. »

Salto, le « Netflix à la française » cher à la dirigeante de France Télévisions, comme le raconte Alexandre Piquard dans le Monde du 15 juin et dont certains se demandent comment il pourrait concurrencer le géant américain, tant les 50 millions d’investissement prévus paraissent insuffisants au regard des 2 milliards annuels que Netflix investit dans sa plateforme.

Et la journaliste de La Croix de rappeler au passage que la BBC détient les droits sur ses contenus audiovisuel, tout comme la RTBF. L’exemple de la RTBF est d’ailleurs éclairant en matière de réforme, car on apprend, toujours dans la Croix, qu’en Belgique, «  la RTBF a franchi le plus grand pas en fusionnant ses pôles radio, télévision et Web pour se réorganiser autour de deux piliers (…) le tout en diminuant d’un quart les effectifs et en accompagnant et formant les salariés. »

Il devient donc légitime de se demander si la cure d’austérité réclamée à France Télévisions ne va pas passer par des suppressions d’emplois et de contenus, après la suppression de chaînes sur le hertzien.

D’autant que, selon la cour des comptes, la masse salariale de France Télévisions, qui est censée diminuer, n’a finalement fait que croître. Entre 2012 et 2017, elle a augmenté de 3 % (après notamment la mise en place de l’entreprise unique), malgré une baisse des effectifs de 6,2 %. Autrement dit, moins de personnes mais des salaires plus élevés.

Du coup, quand, on apprend sur le site du Figaro, que FTV va relancer dans quelques semaines sur France TV Slash  l’ex-programme de France 4 « On n’est plus des pigeons ! », on se dit que cet intitulé à de quoi laisser songeur !

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